Comme les autres programmes d'Airbus, l'A380 est la synthèse de pièces produites dans toute l'Europe. Il est composé de près de trois millions de pièces détachées, elles-même regroupées en de grands ensembles fonctionnels.
En France, l'usine de Saint-Nazaire a pour fonction d'assembler des composants fabriqués dans une dizaine de sites tels que Hambourg, Naples, Cadix ou Nantes. Elle livre à Blagnac (banlieue de Toulouse) l'essentiel du fuselage des A380, depuis le nez des appareils jusqu'à l'arrière des ailes. Pour accrocher les ailes à la carlingue, il faut compter 10 000 rivets.
Pour rallier Blagnac, les tronçons quittent l'usine de Saint-Nazaire à bord d'un navire, le Ville de Bordeaux, à destination de Pauillac (Gironde). Là, ils sont transbordés sur une des deux barges ou l'une des 27 péniches appartenant à Airbus remontant la Garonne jusqu'à Langon (Gironde). La dernière partie du voyage se fait par la route, en convoi routier exceptionnel jusqu'à Toulouse. La route et la traversée des villages ont été aménagées pour ce faire, avec à certains endroits la création de déviations et d'aménagements spéciaux liés au gabarit exceptionnel des éléments transportés.
Le premier A380 à être construit n'a jamais pris l'air. Ce prototype dénommé ES pour "essai statique" va être "torturé jusqu'à ce qu'il casse". Les essais sur les ES de la gamme Airbus sont généralement effectués au CEAT (Centre d'Essais Aéronautique de Toulouse) dans la banlieue toulousaine.
Le monumental hangar baptisé « Jean-Luc Lagardère », où est assemblé l'A380, est l'un des plus grands du monde avec ses 490 mètres de long, ses 250 mètres de large et ses 46 mètres de hauteur. Il comprend 8 postes de montage d'A380. À lui seul, il a requis toutes constructions confondues, plus de 32 000 tonnes d'acier (quatre fois le poids de la tour Eiffel) et 250 000 mètres cubes de béton.
Les avancées technologiques :
Le projet de l'Airbus A380 a été l'occasion pour de nombreux laboratoires et universités de réaliser de véritables prouesses dans la recherche technologique avec comme but final de diminuer le poids de l'avion tout en lui assurant une sécurité maximale et le plus grand respect de l'environnement. Les recherches ont porté en particulier sur :
- matériaux composites (glare en fibres de verre et d'aluminium ou encore un composite conducteur, intégrant un grillage de bronze permettant de canaliser la foudre et assurant l'ininflammabilité du kérosène stocké à l'intérieur de l'aile).
- les matériaux à mémoire de forme, pour les panneaux de soute, capables de reprendre seuls leur forme initiale, après un coup.
- les matériaux « intelligents », munis de capteurs intégrés pour mesurer la pression ou la température.
- les fibres de carbone utilisées pour le caisson central de voilure qui réalise la jonction des deux ailes entre elles. Il s'agit de fibres de carbone de module intermédiaire permettant de réaliser un gain de poids évalué à 1,5 tonne.
- la peinture hydrosoluble (ou peinture à l'eau) donc sans solvant (1 micromètre d'épaisseur représente 70 kg de peinture). Elle est allégée mais contient toujours du chrome, le seul moyen d'éviter la corrosion de l'aluminium.
- en avionique : l'A380 reprend le principe des commandes de vol électriques et du contrôle actif généralisé (CAG) commandé par minimanche latéral mais le concept est ici poussé encore plus loin : les commandes mécaniques de secours disparaissent car elles se sont révélées inutiles sur les avions précédents. De plus, l'avion ne dispose plus de trois circuits hydrauliques comme ses prédécesseurs mais de deux seulement, ces derniers fonctionnant à 5000 psi (350 bars) au lieu de 3000 psi comme les autres avions de la gamme.
- les différents calculateurs communiquent entre eux via un réseau Ethernet commuté, appelé AFDX.
- enfin, avec l'A380, un dispositif de pointage informatique (analogue à la souris) fait son apparition sous forme de boule de commande dans les habitacles et permet aux pilotes de construire leur plan de vol en cliquant les balises, et de naviguer directement dans les différents menus.
Les éléments :
- La pointe avant :
Le « nez » de l'Airbus est fabriqué par l'usine Airbus de Méaulte. Sa conception et maintenant sa fabrication sont réalisées en collaboration avec de nombreux équipementiers dont : EADS Socata (France), Honeywell France, Latécoere (France) pour la partie inférieure du fuselage, Latelec (France) pour le câblage, Mecachrome (France), Saint-Gobain à Sully (France), pour les vitres du cockpit, Senior Aerospace (Angleterre/USA), pour le conditionnement d'air, Sonaca (Belgique) pour la casquette et encore Thales (France) pour l'avionique (système électronique).
- Le corps de l'avion :
1- Le fuselage:
Le fuselage est divisé en 3 parties, la première, la cellule avant située entre la pointe avant et les ailes, est assemblée à Hambourg (Allemagne) avec des éléments venant de Nordenham (Allemagne), de Fokker (Pays-Bas), de EFW à Dresde (Allemagne) et de Murakami (Japon). Elle est ensuite envoyée à Saint-Nazaire où elle est assemblée au cockpit.
La deuxième partie de fuselage, qui comprend la reprise de voilure ainsi que la case de train d'atterrissage centrale, est aussi appelée tronçon central. Elle est assemblée à Saint-Nazaire à partir d´ensembles structuraux venant de divers pays d´Europe (Principalement de Méaulte (AIRBUS), de Belgique (SOGERMA), d´Italie (ALENIA), et d´Allemagne (AIRBUS)), ainsi que du Japon (JAMCO).
La troisième et dernière partie de fuselage, la cellule arrière, partant de l´arrière des ailes et allant jusqu´au cône arrière (intégrant le générateur de queue ou APU (Auxiliary Power Unit), ainsi que la dérive et l´empennage), est assemblée à Hambourg (Allemagne) avec des éléments venant de Nordenham, de Fokker (Pays-Bas), de EFW à Dresde (Allemagne) et de Jamco (Japon).
Les trois ensembles ainsi constitués sont tous directement acheminés vers Toulouse (les deux premiers de Saint-Nazaire, le dernier de Hambourg).
2- Les panneaux du fuselage :
Les panneaux des fuselages assemblés à Hambourg (de part et d´autre de la voilure, ainsi qu´une petite partie du troncon central), sont fabriqués en glare, matériau composite fait d'aluminium et de fibres de verre.
3- Le dessous de l'avion :
Le dessous de l'avion de la version cargo est réalisé par Sacesa en collaboration avec EADS Military pour la structure.
4- La porte de la version cargo :
La porte de la version cargo est réalisée par Eurocopter Deutschland (Allemagne) et Mitsubishi (Japon).
5- Le caisson central :
L'assemblage du caisson central de voilures est réalisé dans un atelier de 10 000 m² à Nantes (Pays de la Loire) avec des éléments de Aubert & Duval à Issoire (France).- Les ailes :
Longues de 43,5 mètres pour une envergure de près de 80 mètres (il faut prendre en compte l'angle qu'elles forment avec le fuselage), les ailes de l'A380 sont les plus grandes jamais construites pour un avion de ligne. Leur débattement vertical est de 5,50 mètres. Elles sont intégrées sur le site d'Airbus de Broughton (Pays de Galles), inauguré en 1993. Leur conception, et maintenant leur fabrication, est faite en collaboration avec de nombreux équipementiers dont : Airbus, pour les ailerons réalisés à Nantes, une partie des volets à Brême et les mâts des réacteurs à Toulouse, Belairbus (Belgique), pour les becs des ailes, CTRM (Malaisie), EADS à Augsbourg, pour une partie des volets, FACC à Salzbourg (Autriche), Fokker (Pays-Bas), GKN (Angleterre), Goodrich, pour la structure secondaire arrière des mâts des réacteurs, Hamilton Sundstrand (États-Unis), pour le groupe de conditionnement de l'air, Hawker de Havilland (Australie), pour le winglet KAI (Corée du Sud), Patria (Finlande), pour les aérofreins, Ruag (Suisse) et Saab (Suède).
- L'empennage et la dérive :
Construit par Airbus à Stade (Allemagne), l'empennage vertical a bénéficié de nombreuses innovations, qui ont permis de réduire sa taille de 40 % grâce, par exemple, au déplacement du centre de gravité de l'appareil vers l'arrière 6 % ont pu être gagnés, et à l'utilisation d'un matériau, le CFRP (plastique renforcé par des fibres de carbone) qui est utilisé (entre autres) pour la totalité de l'empennage (vertical, horizontal, gouverne de direction et de profondeur). La partie avant de la dérive est réalisée par Fuji Heavy Industries (Japon), la gouverne de profondeur (partie mobile du stabilisateur horizontal) est réalisée par Airbus en Espagne, le générateur auxiliaire est réalisé par Pratt & Whitney et l'intégration est faite à Getafe et Puerto Real avec des éléments de Gamesa au Pays basque et à Illescas.
- Le train d'atterrissage :
1- Train principal :
Lors de la conception l'A380, le choix a été que le nouvel avion devait pouvoir se poser sur toutes les pistes où se posait le Boeing 747 sans obliger les aéroports à effectuer de gros travaux. L'A380 est doté de 20 roues, un nombre important qui permet de mieux répartir le poids sur la piste. Bien qu'étant un avion plus lourd que le 747, la charge supportée par chacune des roues de l'A380 est moindre. Le train principal est réalisé par Goodrich, en alliage de titane pour un tiers, avec des circuits hydrauliques sous une pression de 5 000 psi ce qui correspond à 345 bars. L'ensemble a permis d'économiser 1,2 tonne supplémentaire sur le poids total de l'appareil.
2- Train avant :
Le train avant a été conçu à Vélizy et réalisé à Bidos par Messier-Dowty. Il comporte deux roues, ce qui porte le total des roues de l'Airbus A380 à 22.
3- Pneumatiques :
Les pneumatiques sont, selon le choix des clients, fabriqués par Michelin ou Bridgestone. Les pneumatiques du train principal mesurent près de 1,2 m de diamètre chacun.
- Les mâts réacteurs :
Fabriqués et assemblés à l'usine de Saint-Eloi (Toulouse), les mâts assurent le lien entre l'aile et le réacteur pour l'alimentation en carburant et les circuits hydrauliques et électriques.
- Les moteurs :
Les quatre turboréacteurs qui représentent à eux seuls environ 30 % du prix de l'appareil devraient générer deux fois moins de bruit que ceux de son rival le Boeing 747 et consommer de 15 à 20 % de carburant en moins. Ils sont conçus pour produire une poussée de 311 kN pour la version passager (A380-800) et 340 kN pour la version cargo (A380-800F). Les réacteurs sont intégrés par Airbus à Toulouse mais deux types de moteurs différents sont proposés.
1- réacteur Trent 900 de Rolls Royce :
Le moteur Rolls-Royce Trent 900, fabriqué à Derby en Angleterre, a été choisi par Singapore Airlines, Lufthansa, Qantas, Virgin Atlantic et ILFC, soit 43 avions (mai 2004).
2- réacteur GP 7200 de Engine Alliance :
Engine Alliance est une filiale commune des Américains Pratt & Whitney et General Electric. Ce moteur a été choisi par Emirates, Air France, FedEx et ILFC, soit 67 avions (mai 2004). Il est fabriqué à Middletown aux États-Unis avec des éléments de fournisseurs : Airbus fournit les capots depuis l'Espagne et l'entrée d'air depuis Nantes,
Aircelle groupe Safran fournit des éléments de nacelles et les inverseurs depuis Le Havre, Snecma Moteurs (France) réalise le compresseur haute-pression pour GE, soit 10 % du programme, Techspace Aero (Belgique) est engagé pour 7,5 % auprès de Pratt & Whitney, Aermacchi (Italie) fournit certains autres éléments.